« Zéro phyto »… vraiment ?

20160227_153256-1L’interdiction de pesticides, fongicides et insecticides phytosanitaires, par l’Etat et les collectivités territoriales, dans les espaces verts, les forêts, les promenades et les voieries, est entrée en vigueur le 1er janvier 2017.

En effet, le 22 juillet 2015, l’Assemblée nationale a adopté la loi de transition énergétique pour la croissance verte qui interdit notamment l’utilisation des produits phytosanitaires par l’Etat et les collectivités à compter du 1er janvier 2017 et par les particuliers à partir de 2019.

A Mayotte, peu s’en sont préoccupés… pourtant les impacts potentiels pour le territoire sont grands !

Si les pesticides ont de vrais atouts comme celui de protéger les productions agricoles contre les nombreuses agressions qui peuvent nuire au développement des plantes telles que insectes nuisibles, maladies, mauvaises herbes… ils ont également un impact nocif considérable sur l’environnement et la santé lorsqu’ils sont mal utilisés.

C’est la raison pour laquelle, en décembre, dans le cadre de ses opérations de contrôle, le Préfet de Mayotte a pris la décision de diligenter une opération de destruction de plants de tomates contaminées au diméthoate sur deux parcelles, représentant 5000 m2 d’une production estimée à 5 tonnes, dans la commune de Bandrélé. En effet, le laboratoire des fraudes à Massy avait analysé 18 échantillons qui ont révélé des traces importantes de diméthoate, insecticide interdit et pourtant utilisé dans certaines exploitations agricoles contre les mouches et autres pucerons ou acariens. Mais si les dosages ne sont pas respectés, le diméthoate peut être très dangereux et nocif pour la santé en raison de sa grande toxicité. Il est, d’ailleurs, interdit à la vente par la France depuis le 15 avril 2016.

Dans le secteur agricole (comme dans d’autres !!) la pression de l’économie informelle est grande : activité non déclarée, recours au travail dissimulé, non-respect des règles élémentaires de sécurité et gestion des déchets dangereux, absence de cotisations… Cette économie pèse sur le territoire et occasionne pour le consommateur des difficultés importantes : il est soumis à une absence de repère totale lui faisant courir un risque qu’il ne maîtrise pas toujours.

Plus précisément, dans l’exemple précité, les exploitants agricoles non déclarés, c’est-à-dire qui ne disposent pas d’une immatriculation, ne peuvent se fournir en produits phytosanitaires sur le territoire et c’est heureux au regard de la dangerosité de ces substances, or ils ont besoin de produits pour leurs exploitations illégales : la solution : les kwassas en provenance des Comores par exemple !!!

Ils font pousser leurs produits avec des substances interdites, ils ne gèrent pas les substances dans les règles occasionnant des pollutions graves de l’environnement (rinçage, pollution des sols et des eaux, gestion des déchets dangereux…). Ils commercialisent leurs produits à Mayotte trompant le consommateur sur la qualité, ce dernier croyant « manger local ».

Enfin ils causent une concurrence déloyale aux vrais agriculteurs déclarés qui cotisent et qui font l’effort de faire dans les règles.

Si l’objectif « zéro phyto » est louable… on peut se poser la question de comment l’atteindre à Mayotte où la majorité des consommateurs se fournit dans la rue. Il faudra sans aucun doute d’une part beaucoup plus du contrôle de la part du CODAF qui fait un travail formidable aux services des habitants de Mayotte et bien plus qu’une loi pour que les consommateurs mahorais prennent conscience de la dangerosité des produits dont ils se nourrissent !!!

Pour en savoir plus :

Les avantages et inconvénients des pesticides

Rapport d’information du Sénat

Article de Mayotte hebdo du 7 décembre 2016

Le ministère s’engage pour limiter l’usage des pesticides