Le « zéro déchet » : distinguons bien les coups de communication des véritables actions de long terme !

Recyclage déchets gaspillage zero waste

Colorful Recycling Containers for Trash, ©epSos.de

Le ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie a récemment lancé un appel à projet afin que 20 territoires se lancent dans une expérimentation de réduction massive du gaspillage et de la production de déchets. Cette initiative s’inscrit pleinement dans l’engouement croissant pour les démarches dites « zéro déchet » ou « zero waste ». Ces démarches sont principalement portées en France par l’association Zero Waste France, qui milite pour une transition vers une économie ne générant pas de déchet et évitant les gaspillages. Ce type d’actions n’est pourtant pas exempt de critique, à commencer par le poids important de la « comm’ » et de l’affichage face à la réalité des moyens déployés sur le terrain et des objectifs atteints.

Capannori et San Fransisco : deux démarches abouties

La petite ville de Capannori en Italie (46 200 habitants) et la mégapole de San Fransisco (837 000 habitants) ont pour point commun d’avoir lancé une démarche pionnière de réduction drastique du volume de déchets produits par les habitants et les entreprises. Fruit d’une véritable réflexion sur l’économie circulaire, et plus largement sur un développement durable et de long terme, ces actions sont érigées, à juste titre, en référence. 80% des déchets produits à San Fransisco sont par exemple aujourd’hui recyclés (objectif : 100% en 2020). Le poids des déchets produits par habitant et par jour à Caparonni a diminué de 1,92 à 1,4 kg entre 2004 et 2009 (soit un chiffre équivalent à celui des ménages français d’après l’Ademe, qui précise que le poids des ordures ménagères produites par habitant et par an a reculé de 1% entre 2000 et 2011).

Malgré ces francs succès, ces villes se heurtent désormais à un obstacle de taille : pour continuer à progresser, elles doivent intervenir sur les quantités d’emballages des produits vendus dans le commerce. Les modalités de ce type d’action « à la source » sont variables : à Caparonni, la municipalité a par exemple fait restaurer les fontaines d’eau publiques afin d’inciter les habitants à ne pas acheter d’eau en bouteille. A San Fransisco, la municipalité envisage des incitations à l’usage de couches lavables et réutilisables. Ces collectivités poussent donc très loin leurs initiatives en agissant sur les habitudes de consommation de leurs habitants, et donc plus largement sur la société de consommation occidentale. Pour autant, ces bilans positifs ne peuvent être généralisés à toutes les initiatives estampillées « zero waste ».

Du simple affichage à l’action de long terme, la frontière est fine

En Italie, où la gestion des déchets est au cœur de plusieurs affaires judiciaires, de nombreuses communes ont adhéré au mouvement zero waste (de 25 à plus de 200 en trois ans). Dans un article du Monde, Rossano Ercolini, initiateur du projet à Capannori, précise que cette croissance spectaculaire des adhésions doit être appréhendée avec précaution, de nombreux acteurs pouvant souhaiter suivre une « mode » non suivie d’effet. Il alerte sur la nécessaire vérification des actions menées concrètement.

Toujours dans une logique d’affichage, la campagne du photographe américain Gregg Segal intitulée 7 days of garbage met en scène plusieurs familles posant au milieu des déchets qu’ils auraient générés en une semaine. Cette action, que son auteur inscrit dans une démarche de sensibilisation aux bénéfices d’une économie circulaire et raisonnée, interpelle néanmoins à l’heure de nombreux habitants de pays en développement se voient contraints de vivre et/ou de travailler dans des décharges. En outre, une fois les excès de la société de consommation dénoncés, alors qu’ils sont déjà bien connus et identifiés, quelles solutions mettre en place pour y remédier à long terme ?

Les actions de communication isolées ou la stratégie consistant à s’inscrire dans « une mode » sans réflexion préalable montrent vite leur limite. S’ils veulent être crédibles, les territoires qui choisiront de participer à l’opération pilote du Ministère de l’environnement français devront mettre en place une véritable démarche de long terme, répondant aux trois piliers du développement durable : économique, social et environnemental. Cette ambition implique notamment d’agir à la source, de changer les habitudes de consommation et de ne pas se contenter de campagnes de nettoyage.

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