Yann Polard,Pôle emploi,Insidens,Mayotte,Agent de déchetterie,Environnement,formationInsidens, dans le cadre d’un financement opéré par Pôle-emploi et Opcalia, a lancé en septembre la première session de formation professionnelle destinée à des demandeurs d’emploi souhaitant devenir Agents techniques de déchetterie. Sélectionnés et accompagnés par Pôle-emploi, ces stagiaires suivent un parcours de cinq mois au Centre de formation professionnelle aux métiers de l’environnement d’Insidens. Yann Polard, Directeur de Pôle-emploi à Mayotte, nous en dit plus.

Insidens : Quel est l’objectif des demandeurs d’emploi qui suivent cette formation ?

Yann Polard : Avec Insidens, nous avons lancé cette opération qui vise à professionnaliser des agents de déchetterie. Il s’agit d’une première à Mayotte, et d’une véritable opportunité pour les 14 stagiaires qui ont intégré ce groupe. Nous avons fait en sorte de consolider leurs projets professionnels en amont de leur cursus. Pendant trois jours, ils ont effectué un stage en immersion afin d’être confrontés à la réalité du métier qu’ils exerceront.

Leur objectif est d’obtenir une qualification reconnue, qui leur permettra de s’insérer professionnellement sur leur territoire. La majorité des stagiaires cherche en effet à rester à Mayotte et à valoriser leur formation auprès des entreprises locales.

Insidens : Il n’existe pas, aujourd’hui, de déchetterie à Mayotte. Cela peut sembler paradoxal.

Yann Polard : Nous souhaitons dépasser l’idée reçue qui veut qu’un agent de déchetterie à Mayotte soit forcément recruté par un collecteur de déchets. Les horizons qui s’ouvrent aux stagiaires sont plus larges que les métiers d’agents de quai ou de collecte. Des métiers existent dans le domaine de la logistique, du transport ou du traitement des déchets. Les personnes qui les exercent ont besoin d’être formées, afin de s’intégrer dans l’organisation des entreprises de différents secteurs (grande distribution, entreprises de recyclage, entreprises de collecte, collectivités). Demain, ces structures feront face à la problématique du devenir de leurs déchets et auront besoin d’un personnel formé.

Insidens : Quels sont les profils des personnes que vous avez retenues ?

Yann Polard : Il s’agit de demandeurs d’emploi disposant de connaissances scolaires suffisamment solides pour pouvoir se projeter (niveau CAP/BEP). Certains des participants ont déjà eu une expérience professionnelle, d’autres sont des jeunes venant du BSMA et qui sont en train de construire leur parcours. Ils sont dans une dynamique de projet et souhaitent s’impliquer dans cette formation. Les participants présentent donc des profils variés : jeunes, moins jeunes, personnes disposant déjà d’une expérience ou non. Leur point commun est de posséder un projet professionnel consolidé.

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Insidens : La prise de conscience environnementale à Mayotte s’accélère. Derrière la question des déchets apparaissent des problématiques de propreté et de santé. En quoi Pôle-emploi peut-il constituer un accélérateur de la résolution de ces questions de salubrité, de préservation de la biodiversité, et plus largement de sauvegarde du potentiel touristique et commercial de Mayotte ?

Yann Polard : En premier lieu, trop de demandeurs d’emploi se positionnent sur des métiers offrant peu de perspectives, comme ceux liés au gardiennage ou les emplois aidés que proposent les collectivités. Cette problématique implique de travailler sur une évolution des représentations sociales. Elle implique également que les entreprises puissent recruter localement grâce à une valorisation des candidatures dont nous disposons sur nos fichiers.

Plus largement, les questions de responsabilité sociétale et environnementale constituent pour nous l’occasion de mettre en cohérence notre cœur de métier et la façon de le réaliser. Pôle-emploi s’impose un devoir d’exemplarité. Notre implication aujourd’hui à Mayotte répond à une dynamique nationale et collective déployée au sein de Pôle-emploi 2015. Nous devons contribuer, à notre niveau, à la préservation de l’environnement.

Lorsque nous lançons des marchés, nous essayons par exemple d’y intégrer des clauses environnementales. Nous cherchons également à valoriser le potentiel naturel de l’île ainsi que le lagon, qui est unique. Sanctuariser cet espace avec un parc marin est une initiative importante. Pôle-emploi essaie en outre d’amener les publics vers de nouveaux métiers liés à l’environnement. Ces activités constituent un secteur en devenir sur Mayotte. Œuvrer à sa professionnalisation implique d’agir pour proposer des alternatives. Il est logique que Pôle-emploi s’inscrive dans cette dynamique. Nous menons des actions de sensibilisation auprès des publics, mais il s’agit d’une démarche de longue haleine. Un certain nombre de demandeurs d’emploi disposent encore d’une connaissance trop parcellaire du marché de l’emploi et donc des métiers existant à Mayotte.

Enfin, nous travaillons également dans un souci de proximité des usagers : 93% de nos agences sont situées à moins de 30 kilomètres des demandeurs d’emploi qui en dépendent. En outre, lors de nos recrutements, nous nous montrons vigilants sur la parité : plus de la moitié des cadres de Pôle-emploi sont aujourd’hui des femmes.

Pôle-emploi agit donc sur l’ensemble de ces questions et essaie de contribuer, à son niveau, à la professionnalisation, au développement des compétences et à la sensibilisation des publics pour élargir les horizons.

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