Véhicules hors d’usage en Outre-mer… Quand en verra-t-on la fin ?

VHU1La Ministre de l’écologie a annoncé, il y a quelques jours, avoir transmis au Conseil d’Etat un projet de décret sur la gestion des véhicules hors d’usage dans les départements d’Outre-mer, destiné à « résorber (leur) stock », « un fléau majeur ». Soit… mais quels moyens réels pour y arriver ?!

Mayotte qui est un territoire magnifique, bénéficiant d’une biodiversité unique est envahie par ces VHU qui gâchent le paysage !

La croissance importante du parc automobile à Mayotte ne risque pas d’améliorer les choses ! En effet, fin 2015, on comptait 2 742 véhicules neufs de commercialisés contre 2 619 en 2014 (soit +4,7 %). Et qui dit augmentation des ventes… dit également augmentation des VHU le long de nos routes ! Une étude de l’ADEME datant de 2012, estimait même à 2000 le nombre de VHU produits à Mayotte !!! Et ce chiffre serait sous-évalué ! C’est dire si le chemin à parcourir pour parvenir à enrayer ces VHU est grand !

Or, à ce jour, il n’existe pas d’éco-organisme pour les VHU.

A Mayotte, Enzo Technic Recyclage en assure, depuis 2006, leur collecte et leur traitement en tant que seul organisme agréé. Mais il peine à le faire de façon optimale faute de moyens et de place ! Il est pourtant parvenu à collecter 787 tonnes en 2012, 44 tonnes en 2013 et près de 1000 en 2014, ce sont près de 1000 tonnes.

Par ailleurs, il rencontre une problématique majeure : « l’état » dans lequel les véhicules arrivent au démolisseur. En effet, ce sont majoritairement des carcasses de voitures déjà démantelées, qui sont collectées et traitées, et non pas des VHU possédant encore les différents fluides et équipements (batteries, huiles, liquide de frein…). Les véhicules ne fonctionnant plus sont abandonnés dans les villages ou en bord de route, et petit à petit, se font « désosser » par la population, pour finir à l’état de carcasses. Cette pratique coutumière remplace les casses que nous connaissons en métropole et permet un « troc » indispensable de pièces détachées.

Les pouvoirs publics et acteurs locaux doivent s’emparer de ce sujet pour d’une part, sensibiliser la population aux dangers de ces VHU et d’autre part, sanctionner les contrevenants ! En effet, si le Maire dispose du pouvoir, via la police, de mettre en demeure le titulaire du certificat d’immatriculation, soit de réparer le véhicule, soit de le transférer vers un centre VHU agréé, il utilise rarement ce pouvoir… L’abandon d’un véhicule usagé sur le domaine public ou privé de l’Etat ou des collectivités territoriales est pourtant passible d’une sanction pénale pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende selon la Loi. Même si soyons honnêtes, pour déclarer un véhicule comme abandonné, il faut que les services municipaux respectent un délai de 3 mois avant de demander son enlèvement dès lors que le propriétaire ne peut être identifié… et vu le nombre croissant de VHU, cela est difficilement applicable…

Mais durant ce laps de temps, les différents fluides encore présents au sein du véhicule s’écoulent petit à petit, polluant le sol et impactant la santé des Mahorais. Ces situations peuvent en effet être à l’origine de l’intoxication des enfants par le biais de pratiques de jeux avec le plomb contenu dans les batteries, notamment la fonte du métal pour en faire des objets.

S’il convient donc de saluer ce projet de décret relatif à la gestion des VHU en Outre-Mer… leur disparition est loin d’être acquise. Si le déstockage est une solution à court terme… il ne résoud rien sur le long terme !

Sans la mise en place d’une filière structurée pérenne qui concerne tous les acteurs de la chaine, de l’automobiliste aux acteurs économiques de la valorisation, le problème ne se résoudra jamais, les stocks de VHU sur le bord de nos routes se reconstitueront ; ayons le courage… la volonté de nous attaquer au véritable problème !!

Pour en savoir plus :

Article de Actu-Environnement du 27 juillet 2015

Article de ProL’Argus du 6 janvier 2017