Quel avenir pour les énergies renouvelables à Mayotte ?

IMG_2629La Loi sur la Transition Énergétique a, entre autres, pour ambition que les départements d’outre-mer atteignent l’autonomie énergétique à l’horizon 2030, avec l’objectif intermédiaire, d’atteindre 50% d’énergies renouvelables dans le mix énergétique dès 2020.
Mayotte ambitionne quant à elle, d’atteindre l’objectif de 20% d’énergies renouvelables à l’horizon 2018 en misant sur le solaire, le bois-énergie et la biomasse-énergie.
Des objectifs affichés ambitieux…

Petit rappel préalable… que sont exactement les énergies renouvelables ? les énergies renouvelables (EnR) sont des sources d’énergie qui se renouvellent naturellement plus vite qu’elles ne sont consommées. Ainsi, le soleil, le vent, l’eau, la biomasse et les océans sont des sources d’énergie renouvelable. En revanche, des sources d’énergie dont le renouvellement est plus lent que leur consommation, comme le pétrole ou le charbon, ne sont pas renouvelables.

En réalité, les énergies renouvelables sont pour Mayotte l’opportunité d’utiliser ses ressouces naturelles locales pour optimiser sa consommation d’énergie.

En matière d’énergie, Mayotte part de loin : si l’électricité est apparue sur le territoire en 1977, ce n’est qu’en 1990 que l’île a pu être alimentée dans sa globalité !

Aujourd’hui, la production d’électricité du territoire est assurée à 95% par deux centrales thermiques au diesel (centrales des Badamiers et de Longoni). Le photovoltaïque est apparu depuis quelques années. La ferme de Dzoumogné, construite sur une ancienne décharge, forte de ses 6000 panneaux photovoltaïques devrait à terme permettre une production de 9MW. En effet, si le photovoltaïque n’assure aujourd’hui que 5% des besoins énergétiques du département et que l’on tient compte du fait qu’en 2008 cette part était de 0,1%… les perspectives paraissent infinies !

Si les pouvoirs publics nationaux et locaux semblent, dans l’ensemble, convaincus du bien-fondé de la démarche, dans les faits, la mise en œuvre prendra du temps ! En effet, la production d’énergie renouvelable est bien marginale pour imaginer qu’elles puissent assurer l’approvisionnement dans un contexte de forte croissance de consommation d’électricité.

Mais la transition énergétique est en marche ! La Préfecture de Mayotte a mis à la disposition du public, en décembre dernier, l’ensemble des documents présentant la programmation pluriannuelle de l’énergie ou PPE afin de recueillir les éventuelles suggestions et observations que pourraient émettre les citoyens sur le contenu de la PPE.

Par ailleurs, l’implantation d’une centrale utilisant de l’énergie biomasse est prévue dans la commune de Koungou. Elle devrait fonctionner via des granulés de bois et des plaquettes de bois brulés, importés de Madagascar, du Mozambique ou encore d’Afrique du Sud et l’on envisage qu’elle soit opérationnelle à la fin du 1er trimestre 2019.

Enfin, l’énergie solaire se développe progressivement. Après Koungou, les communes de Démbéni et Bandrélé seront bientôt autonomes en énergie pour l’éclairage public. Ces projets seront pris en charge à plus de la moitié par l’Etat et EDM, ce qui constitue une économie considérable pour les communes concernées. Et, dans un contexte mahorais de grande insécurité, l’avantage n’est pas négligeable : le déploiement de plus de lumière permettra à terme de lutter plus efficacement contre la montée de la délinquance en enrayant certains vols et agressions. Le bénéficie est donc incontestable.

Avec un objectif de 20% d’énergies renouvelables à l’horizon 2018, Mayotte a encore un bout de chemin à parcourir avant de devenir un département à la pointe en matière d’énergies renouvelables !

D’une part, pour y parvenir, il faut motiver les entreprises (en les sensibilisant, en les aidant financièrement, …) et surtout il faut subventionner les initiatives. Il ne suffit pas d’avoir des objectifs… il faut de la volonté et des moyens pour les réaliser !

Et d’autre part, enfin, il est nécessaire d’avoir un mix énergétique. Non seulement pour ne pas subir les variations de productions des EnR mais aussi pour ne pas tout parier sur l’énergie solaire ! L’Outre-mer qui offre à la France le statut de deuxième espace maritime au monde, n’exploite pas du tout cette ressource : la climatisation par l’eau profonde, les hydroliennes, les éoliennes en mer ou encore l’énergie thermique des mers sont encore bien peu existantes. Et le maritime à Mayotte, comme le solaire pourrait être une source d’énergie évidente !

Pour en savoir plus :

LOI n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte

Reportage de Mayotte 1ère sur l’arrivée de l’énergie solaire à Dembéni et Bandrélé

PPE Mayotte