Lutte contre l’amiante : n’oublions pas la filière avale et le traitement des déchets !

En France, depuis janvier 1997, la fabrication, la transformation et la vente d’amiante sont interdites. Si la législation se montre particulièrement stricte concernant les nouvelles constructions, les rénovations de bâtiments ou la vente de biens immobiliers (le code de la santé publique impose par exemple la réalisation d’un diagnostic amiante aux propriétaires), le traitement des déchets d’amiante souffre toujours d’un certain flou juridique et d’un mauvais suivi des pratiques. Pourtant, cette étape peut se révéler plus dangereuse pour la santé que la présence d’amiante dans un édifice. A l’heure où le Ministère de l’écologie met en avant sa volonté d’accélérer la rénovation des bâtiments pour en améliorer l’efficacité énergétique, une meilleure prise en compte de cette problématique nous semble pertinente.

Il n’existe pas aujourd’hui de véritable filière spécialisée dans le traitement des déchets amiantés. Seul un site, situé dans les landes, est capable de procéder à une destruction de l’amiante contenu dans des déchets, par « inertage » (vitrification). Si les résultats de ce procédé semblent probants, son coût constitue le principal frein à son développement (l’inertage d’une tonne d’amiante coûte, à minima, vingt fois plus cher que son enfouissement). Parmi les déchets d’amiante faisant l’objet d’un traitement, l’enfouissement constitue la solution la plus répandue. Or, sans une manipulation qui assurerait l’innocuité de ces déchets, cette pratique ne s’avère pas véritablement satisfaisante.
La sévérité de la législation, nécessaire, n’est donc pas suffisante pour assurer une solution globale à la problématique de l’amiante. Elle doit s’accompagner d’une véritable volonté des pouvoirs publics de développer les facettes moins visibles du problème : une fois un bâtiment désamianté, le travail n’est pas terminé.

Pour la création d’une filière avale à part entière

Un rapport de la Commission des affaires sociales du Sénat de juillet 2014 pointe, entre autres, un déficit sensible de déchetteries spécialisées dans l’accueil des déchets amiantés (404 sur l’ensemble du territoire). En outre, les sociétés spécialisées dans le désamiantage indiquent elles-mêmes ne pas toujours être en mesure de pouvoir respecter les normes d’empoussièrement sur les chantiers, faute d’un nombre suffisant de prestataires capables de les mesurer. Ces constats peuvent expliquer le développement de dépôts sauvages de déchets recensés dans certaines régions, fruit du comportement peu scrupuleux de particuliers ou de certains professionnels.

Compte tenu de l’ancienneté du parc immobilier français et du nombre élevé de rénovation en cours ou à venir, le développement d’une filière spécifique de traitement des déchets d’amiante nous apparaît opportun. Si le volume de déchets à traiter n’est pas connu, l’ADEME estimait en 1998, dans la foulée de la nouvelle législation, que la production annuelle de déchets serait de l’ordre de 400 000 tonnes/an pour les activités de dépose. Le gisement de matériaux en place contenant de l’amiante-ciment était estimé à environ 24 millions de tonnes (en France). L’absence d’une filière avale organisée explique la difficulté à trouver des données récentes et fiables sur le sujet.

Plus largement, la rentabilité financière d’une telle filière mériterait d’être étudiée. Son impact positif en termes de santé publique et de création d’emplois ne fait cependant l’objet d’aucun doute. Les professionnels du bâtiment estiment que le secteur de la collecte et du traitement des déchets pourrait générer 600 000 nouveaux emplois en Europe au cours des quinze prochaines années.

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