Les sacs en plastique, prédateurs silencieux des tortues marines

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Nemo’s great uncle ©#1116

Campagnes de sensibilisation, nombreuses études, résultats avérés… les dégâts causés par les sacs en plastique sur la faune marine sont connus de longue date. Les tortues marines, qui confondent les sacs avec des méduses, sont plus particulièrement touchées. Pourtant, la communauté internationale tout comme de nombreux Etats tardent à réagir. La France vient par exemple de voter l’interdiction des sacs en plastique à usage unique, mais le texte présente encore certaines interrogations. Des Antilles à l’océan Indien, les côtes des territoires français d’outre-mer jouissent pourtant d’une biodiversité unique au monde dont certaines espèces doivent être mieux protégées.

50% des tortues vertes ingèrent des déchets, essentiellement en matière plastique

Très présentes dans le lagon de Mayotte, les tortues vertes ne font pas partie des espèces les plus menacées d’après l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature). Pour autant, parallèlement aux dégâts causés par les pêcheurs ou les braconniers, cette espèce protégée affronte une menace plus insidieuse : la probabilité qu’elle mange des déchets a doublé en 25 ans, passant de 25 à 50%. Les déchets en plastique sont les plus communément ingérés d’après des travaux de recherche australiens compilant 37 études.

Plus largement, l’ingestion de déchets en plastique concerne de très nombreuses espèces marines, partout dans le monde. Le site internet Maxisciences.com rapporte à ce sujet les propos édifiants de deux experts, Colette Wabnitz et Wallace Nichols : « Les organismes de presque toutes les espèces marines, y compris certaines des plus vulnérables qui passent pourtant presque toute leur vie loin de l’homme, contiennent aujourd’hui du plastique. On en retrouve dans les nids des oiseaux, autour des bernard-l’hermite en guise de coquille, dans les estomacs des tortues de mer, des baleines et des albatros. Plus de 260 espèces ont déjà été signalées ingérant ou s’emmêlant dans des débris de plastique.

Braconniers/sacs plastique : une mobilisation à deux vitesses des pouvoirs publics

Malgré ses conséquences à long terme sur l’ensemble de la biodiversité marine et les alertes répétées de différents chercheurs et d’ONG, la problématique des déchets en plastique ne semble pas faire l’objet d’une forte mobilisation des institutions françaises. A l’inverse du braconnage (première cause de mortalité des tortues), passible en France de 2 ans de prison et de 15 000 euros d’amende, le projet de loi sur la transition énergétique ne prévoit pas encore de volet dissuasif contre les marchands qui ne respecteraient pas l’interdiction de distribuer des sacs plastiques. Effective en 2016, cette mesure arrive en outre bien tard face un problème identifié depuis longtemps (le premier « continent de déchet » a été détecté à la fin des années 1990).

Plus grave : le texte prévoit la possibilité de mettre à la disposition des consommateurs des sacs compostables ou composés de matières biossourcées. Si ces sacs se décomposent plus rapidement dans la nature, les tortues auront néanmoins tout le temps de s’étouffer ou de s’emmêler dedans. En outre, l’innocuité des copeaux issus de sacs décomposés est loin d’être avérée à ce stade. Les animaux marins continueront donc à manger du plastique pendant un certain temps. De nombreuses photos de plongeurs témoignent de l’effarant régime alimentaire des tortues marines et de leur suffocation.

Parallèlement, et c’est heureux, administrations publiques, associations, particuliers et experts agissent de concert pour lutter contre le braconnage. A Mayotte, pas moins de six institutions se mobilisent sur le sujet autour de la « brigade nature ». Souhaitons que les sacs plastiques, quelle que soit la matière qui les compose, fassent rapidement l’objet du même consensus ! L’interdiction réelle et définitive des sacs plastiques et la mise en place d’une filière de traitement strictement contrôlée, en métropole et dans les outre-mer. Les effectifs de tortues vertes dans l’océan indien ont chuté de 50% en moins de 10 ans.

Pour aller plus loin :

1 Comments

  1. Bonjour,

    Mon mari et moi sommes marins depuis 2000. Nous avons voyagé tout ce temps sur un catamaran dans Les Antilles, la Guyane, La Nouvelle Calédonie et Tahiti. Nous avons posé nos valises à Mayotte et sommes redevenus terriens. Très impliqués dans la sauvegarde du milieu marin nous avons été étonnés à notre arrivée de la saleté des plages, de la mangrove et de l’île en général.
    Je suis également passionnée des tortues qu’elles soient marines ou terrestre.
    Je vous demande l’autorisation de publier votre article sur mon blog, qui même s’il n’a pas de renommé intéresse aussi deux autres passionnées des tortues et de l’environnement.
    Merci

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