Les campagnes de sensibilisation… utile ou pas ?

Sensi MamoudzouLa commune de Sada investit depuis deux ans dans des outils et des campagnes de sensibilisation pour la propreté de la commune, la commune de Mamoudzou a lancé en septembre 2016 une vaste campagne de sensibilisation concernant la collecte des déchets verts, électroniques et encombrants…
Mais quid de l’impact réel de ces campagnes ?

On estime que brûler 50 kg de déchets verts est l’équivalent en termes d’émission de particules que rouler durant 9 800 kms avec une voiture diesel récente en circulation urbaine ! (source Lig’air).

Or à Mayotte ce phénomène est particulièrement inquiétant : le Baromètre des déchets© d’Insidens a révélé l’an dernier que les habitants étaient en effet de plus en plus nombreux à brûler les déchets verts… et ce, en raison d’une absence d’informations claires transmises à la population. Les résultats sont formels, le pourcentage de personnes interrogées qui les brûlent ne cesse d’augmenter au fil des ans, au point qu’il a doublé en 2016.

Ne sachant pas comment les déchets verts sont collectés, les habitants les sortent dans l’espace public à tout moment générant de nombreuses nuisances comme la création de dépôts sauvages, les ordures ménagères déposées à côté des déchets verts, les animaux errants qui éventrent les sacs… Les habitants se lassent et décident de les éliminer par eux même en les brulant. Conséquences : émission de particules fines accélérant le réchauffement climatique et la destruction de nos coraux et augmentation des troubles respiratoires dans la population par l’inhalation de ces particules.

En France, la pollution aux particules fines nous affecte globalement tous puisqu’elle réduit en moyenne notre espérance de vie de 8,2 mois (à 30 ans) et le coût individuel de cette pollution est estimé aux alentours de 400 à 500 €/an !

Le dernier Baromètre des déchets© d’Insidens pointait aussi le fait que les habitants étaient moins nombreux en 2016 à trouver que la gestion des déchets était en train de changer. Si en 2015 ils étaient plus de 66% à attester d’un changement, ils ne sont plus que 58% en 2016, revenant aux seuils de 2013 et 2014. Or, beaucoup de communication a été investie ces années-là, pour avertir les habitants des changements. En 2016, on a moins communiqué…

Tant que l’espace public est investi par les campagnes de communication, les esprits sont mobilisés mais on voit très vite que dès que la communication diminue… l’investissement décroit. C’est le cas pour la campagne qu’a entrepris la commune de Mamoudzou en septembre dernier : pendant toute la durée du relai de la campagne sur le terrain, le tri a très bien fonctionné et la commune a constaté de vrais résultats positifs… mais dès lors que la sensibilisation terrain s’est ralentie, les habitants se sont nettement moins investis.

La commune de Sada l’a bien compris… Après avoir beaucoup communiqué sur l’ensemble des services et outils disponibles qu’elle a mis en place, notamment au travers de la campagne « Sada nettoie… et toi ? » (Lauréate en 2015 du prix des Outre-Mer Durable), elle estime que les habitants sont généralement bien informés et qu’il est temps verbaliser pour sanctionner les incivilités et les atteintes à l’environnement.

Une campagne de sensibilisation ne peut se faire à court terme.

Eco Emballages, créé il y a 20 ans pour réduire l’impact des emballages sur l’environnement estime en effet qu’il aura fallu 15 ans pour changer les habitudes des métropolitains et ancrer le geste de tri dans le référentiel « normal » des français. Ce sont de très nombreuses campagnes média et de sensibilisation terrain qui auront permis d’atteindre ce résultat.

Fort de cet exemple, on comprend que les campagnes ponctuelles n’ont aucun impact réel sur les mahorais. Il est indispensable de maintenir les habitants « en tension » et donc de communiquer, de sensibiliser et d’expliquer sans cesse, sans relâche comment faire pour trier, pour réduire sa production de déchets afin d’instaurer une prise de conscience collective claire même si cela demande de nombreux moyens dans un contexte financier pour les collectivités plus que difficile… Les fonds européens peuvent être un relais très précieux en la matière.

Mayotte est le dernier territoire français à avoir accédé au statut de département d’outre-mer en 2011. Profitons de l’expérience métropolitaine et engageons-nous dans une vraie démarche sur le long terme ! Mais cela ne pourra se faire qu’avec l’adhésion des acteurs locaux et des pouvoirs publics. Sans volonté politique, on ne fera du coup par coup sans réel impact !

Pour en savoir plus :

Article de l’ADEME sur le brûlage des déchets verts

Article de l’ADEME sur la Loi de transition énergétique