Le traitement des déchets à Mayotte

Ces dernières années le traitement des déchets a profondément changé : les décharges polluées et polluantes, dont personne ne voulait, ont laissé la place à de véritables usines qui transforment nos déchets. De rebus, elles sont devenues des matières premières. C’est ce qu’on appelle, selon la terminologie courante, l’économie circulaire : transformer nos déchets dans la perspective d’économiser les ressources naturelles. Le mode de traitement doit être adapté au type de déchets, on parle de privilégier la réutilisation ou recyclage.

Mayotte n’a pas été épargnée par les évolutions technologiques de ces dernières années, ainsi les décharges sauvages caractéristiques d’un temps révolu ont laissé la place à une décharge aux normes à Dzoumogné qui intègre dorénavant deux modules de tests : plateforme de compostage des déchets verts et fabrication de biogaz pour la valorisation en énergie.

Aujourd’hui c’est le Sidevam976 qui traite nos déchets. Le service public de la collecte ramasse sur les trottoirs de Mayotte près de 65 000 tonnes de déchets, ce chiffre augmente chaque année en moyenne de 5 à 10%. A cela s’ajoute les 264 tonnes d’emballages ménagers collectés en 2017 via les trios, ce chiffre lui est en baisse année après année.
En résumé, en France, chaque habitant produit environ 71kg d’emballages ménagers par an mais à Mayotte chaque habitant ne place dans un trio que 1.3 bouteilles en verre, par exemple. Le message ne passe pas encore ….

Que deviennent ces 65 000 tonnes de déchets ? Ils sont principalement enfouis à la décharge de Dzoumogné (ISDND) ; quand ils ne le sont pas ils sont exportés hors de Mayotte pour être traités.

Ce qui est quand on y réfléchit un vrai scandale environnemental ! Une bouteille de lait consommée par une famille mahoraise a traversé le monde une première fois depuis la métropole pour y être placée dans le rayon d’un supermarché occasionnant un impact environnemental non négligeable : la production de gaz à effets de serre liés à son transport. Lorsque celle-ci est placée dans un trio (parce que la famille est eco-citoyenne !) elle sera expédiée en Asie pour y être traitée (c’est-à-dire transformée en billes de plastique pur fabriquer une nouvelle bouteille), produisant ainsi de nouveaux gaz à effets de serre.

Ce scandale prend encore une autre dimension lorsqu’il s’agit de nos déchets dangereux, car ces derniers ne sont traités qu’en France.

La convention de Bâle fixe comme principe que les déchets dangereux produits par les pays de l’OCDE doivent être traités par l’OCDE (pour que les déchets des pays riches ne soient pas traités par les pays pauvres). A Mayotte, cela implique que nos déchets dangereux soient exportés en métropole. Est-ce vraiment nécessaire lorsque des infrastructures aux normes existent dans la zone de l’Océan indien ? Ce convoyage contribue à produire des gaz à effets de serre qui accélèrent le réchauffement climatique ? Alors ne serait-il pas possible de mettre en place des exceptions à Mayotte pour à la fois traiter nos déchets suivant des règles du jeu fixées par le Code de l’Environnement mais dans la zone de l’Océan indien et donc réduire notre impact environnemental ?

Enfin, ces exportations de nos déchets ou ce recours au tout enfouissement privent notre territoire d’emplois précieux dont nos jeunes par exemple ont tant besoin !!! Les pneus usagés pourraient être valorisés localement, les huiles pourraient être pré-traitées sur Mayotte. Mais au lieu d’accompagner les acteurs locaux à développer des projets à créer de l’emploi, la solution de facilité à court terme est privilégiée ; remplir des conteneurs et exporter vers la métropole sans accompagner le territoire à se réinventer !!!

Or le développement durable pose des perspectives de long terme, ce sont 3 piliers à développer en cohérence : préserver l’environnement, accompagner un développement économique durable et faciliter l’insertion des populations dans cette dynamique. Force est de constater qu’ici et maintenant à Mayotte sur la question du traitement des déchets, le développement économique et social n’est pas tous les jours de la partie.