Le renouvellement de l’autorisation de mise sur le marché du glyphosate, une opportunité ou une menace pour Mayotte ?

La loi Labbé du 6 février 2014 relative à l’encadrement de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques en France interdit leur emploi pour des espaces ouverts au public à partir de 2020. Au niveau européen, des avis divergents s’élèvent quant au véritable rôle du glyphosate, l’un des principes actifs de l’herbicide le plus vendu au monde, dans l’apparition de cancers. Pourtant, le comité d’appel du 27 novembre a voté pour le prolongement de l’autorisation de mise sur le marché européen de cette substance.

Le glyphosate est un herbicide non sélectif (actif sur toutes les plantes) à très large spectre d’efficacité. Il est absorbé par les feuilles et est transporté de manière systémique sur l’ensemble de la plante. Il occupe une place prépondérante depuis une dizaine d’années au niveau mondial, notamment dans le secteur agricole, près de 720 000 tonnes ont été produites en 2012. Son succès repose sur deux points principaux : un coût faible et une bonne efficacité. Les agriculteurs utilisent le glyphosate pour détruire la totalité des adventices avant même la mise en culture des sols. Ils l’emploient également en pré-récolte pour accélérer la maturation des cultures.

Les idées reçues relatives à la dangerosité des produits phytopharmaceutiques ont poussé certains états européens, notamment la France, à mettre en place des mesures règlementaires sur leur mode d’utilisation. Ainsi, l’adoption de la loi Labbé en 2014, prévoit l’interdiction d’utilisation des produits phytopharmaceutiques par toute personne publique pour l’entretien des espaces verts, de forêts et de promenades à partir de 2020. Dans le même sens, le glyphosate a été interdit d’utilisation pour l’entretien des espaces ouverts au public depuis le 1er janvier 2017 mais reste autorisé aux agriculteurs.

Les récents articles sur le glyphosate soulignent le manque d’informations dont on dispose pour se faire une idée claire de ses impacts sur l’environnement mais également sur la santé humaine. Pour certains, cette insuffisance empêche toute possibilité de dresser les premiers bilans et complique fortement toute forme de décision règlementaire. Pour d’autres, il est préférable d’appliquer le principe de précaution et de ne pas autoriser la mise sur le marché du glyphosate compte tenu du fait qu’il est probablement cancérigène.

Face à cette controverse, la Commission Européenne a proposé, le 16 mai dernier, de renouveler l’autorisation de mise sur le marché du glyphosate pour dix ans de plus, le temps de trouver des alternatives cohérentes et durables. La décision a été contestée par quelques états qui dénonçaient sa nocivité sur le plan sanitaire et environnemental. 28 états se sont réunis en comité d’appel le 27 novembre 2017 pour statuer définitivement sur le renouvellement ou non de l’autorisation de mise sur le marché de cette substance et 18 d’entre eux ont voté en faveur du renouvellement de l’autorisation. Ainsi, le glyphosate obtient un prolongement de son autorisation de mise sur le marché pour 5 ans de plus. La France a exprimé le fait qu’elle aurait en réalité souhaité un renouvellement de seulement 3 ans. Le président Emmanuel Macron s’est engagé à interdire le glyphosate en France d’ici 2022 et à mettre en œuvre les moyens nécessaires pour trouver des alternatives viables.

La mission parlementaire française d’information sur les pesticides a rendu son rapport début avril et recommande une meilleure prévention et information concernant les dangers occasionnés par ces produits, mais restreint considérablement le périmètre d’interdiction envisagé du glyphosate. Elle appelle à « renforcer les dispositifs de surveillance écotoxicologique afin de disposer de données plus complètes et mettre en place un dispositif national de surveillance des pesticides dans l’air » tout en insistant sur « la nécessité de réduire drastiquement l’usage des pesticides pour tendre aussi rapidement que possible vers leur abandon ».

Toutefois, à propos du glyphosate, elle juge « nécessaire d’accélérer les travaux de recherche et de développement pour trouver des alternatives crédibles »… Le rapport conseille « d’interdire, dans l’immédiat, l’utilisation du glyphosate dans sa fonction dessiccative au niveau national », c’est à dire l’utilisation sur les plantes pour les déshydrater et faciliter leur récolte. Dans ce rapport, il n’est néanmoins pas question d’un arrêt ou son interdiction dans 3 ans… La loi Agriculture est actuellement en discussion à l’Assemblée Nationale et c’est tout naturellement que les députés ont renoncé à interdire le glyphosate dans 3 ans dans la nuit du 28 mai 2018 !!! Un comité de suivi va être lancé.

Le prolongement de l’autorisation de mise sur le marché pour 5 ans ou pour 3 ans n’est quoiqu’il arrive, pas sans risque pour Mayotte où l’agriculture professionnelle sort à peine de terre, et déjà très consommatrice de produits phytopharmaceutiques. À l’heure où l’ambition de l’Etat de supprimer le glyphosate du marché n’est pas si évidente que cela, les agriculteurs mahorais, en quête d’un meilleur rendement, découvrent les produits phytopharmaceutiques et tendent à en utiliser de manière abusive. La présence anormale du diméthoate (2700 fois supérieur à la dose autorisée) dans les tomates issues d’une chaine de production informelle dominée par des agriculteurs clandestins (non formés sur le mode d’usage de ces produits) a permis d’alerter les autorités locales en matière d’utilisation des produits phytopharmaceutiques.

Ainsi, face à l’autorisation de mise sur le marché européen du glyphosate, il est nécessaire qu’au niveau local, les pouvoirs publics trouvent des moyens concrets pour empêcher les habitants de Mayotte de s’empoisonner en mangeant des produits de base. Mais comment assurer l’intégrité environnementale et sanitaire tout en assurant la productivité agricole lorsque l’on sait que ces produits si nocifs circulent illégalement en quasi toute liberté ?

Pour en savoir plus :
Le glyphosate dans les faits
Interdiction du glyphosate : quelles conséquences pour les agriculteurs ?
Glyphosate : Stéphane Travert annonce une loi en 2021 au plus tard