Le biogaz : une solution miracle pour la valorisation des déchets ?

 

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Usine de traitement des eaux usées de Petit-Quevilly, ©FrédéricBisson

2014 sera l’année du biogaz en France. Produite à partir de déchets organiques, cette énergie bénéficie d’un important effort d’investissement de la part des industriels et d’un soutien des pouvoirs publics. Des sites de production sont déjà opérationnels et la filière souhaite accélérer son développement. Pour autant, la pertinence d’un déploiement plus large de cette technologie suscite certaines interrogations.

Le biogaz attire notre attention car il satisfait à deux des principaux critères du développement durable : assurer une croissance viable à long terme, répondre aux problématiques environnementales. Issu de la fermentation spontanée des déchets organiques, ou méthanisation, il constitue en effet une énergie dont la matière première est à la fois abondante, présente sur tout le territoire et dont le stockage pose problème. Sa production en grande quantité permettrait également de limiter le recours au gaz d’origine fossile. Séduisante sur le papier et bénéficiant d’un réel enthousiasme des parties prenantes, cette filière connaît cependant d’importantes contraintes techniques (notamment un tri fin des déchets). Son développement nous apparaît pertinent uniquement dans des zones géographiques répondant à des critères très spécifiques.

Des expérimentations encourageantes

En Ile-de-France, un système complexe de valorisation des déchets

La commune de Plessis-Gassot dans le Val d’Oise (69 habitants) se chauffera bientôt grâce au biogaz produit sur le centre de stockage des déchets (CSD) situé à proximité. Celui-ci est équipé d’une centrale électrique alimentée en biogaz. Cette unité est la plus puissante du genre en France (130 000 MWh par an, soit l’équivalent de la consommation d’environ 41 200 foyers hors chauffage). Conséquence indirecte positive de cette production : de l’eau chaude est générée par le système de refroidissement de la centrale. Cette eau est récupérée dans un réseau ad hoc, qui la conduit aux batiments situés à quelques centaines de mètres. Son acheminement est cependant limité à un rayon de dix kilomètres autour du site de production.

En Alsace, une valorisation du jus de choucroute et des eaux usées

Le biogaz peut être produit à partir de déchets d’origine variés, dont les boues des stations d’épuration (STEP). A Obernai, la STEP du bassin de l’Ehn minimise ainsi son recours aux énergies fossiles tout en réduisant le volume des boues rejetées après traitement des eaux usées. Du jus de choucroute issu des choucrouteries locales, traité par un méthaniseur dédié, contribue en outre à cette production énergétique.

La législation évolue pour favoriser la production de biogaz

A travers l’instauration d’un nouveau tarif d’achat, les pouvoirs publics cherchent à accélérer l’injection de biogaz dans les réseaux de gaz. Quatre sites d’injection sont déjà opérationnels sur le territoire français. Le gestionnaire du réseau ambitionne de porter à 73 % le taux de gaz vert (dont du biométhane) distribué en France en 2050, contre une part infime actuellement. Dans la même logique, un arrêté du 24 juin vient compléter la nature des intrants pouvant être utilisés pour produire du biométhane injectable dans le réseau national, en ajoutant les boues, graisses et liquides organiques résultant des eaux usées traitées en digesteur.

Une piste intéressante en zone rurale… mais pas de révolution dans le traitement des déchets

Oui, la production de biométhane permet de réduire significativement le volume des déchets organiques à traiter dans notre pays. Autant de substrat qui n’aura pas à être enfoui ou incinéré, contribuant ainsi à répondre aux objectifs du Grenelle de l’environnement (août 2009) et du nouveau modèle énergétique français (juin 2014). Ce dernier texte insiste notamment sur la nécessaire utilisation des déchets en tant que matière première. Cependant, de notre point de vue, les exemples francilien et alsacien ne satisfont qu’à certaines des caractéristiques auxquelles doivent répondre les sites de production de biogaz pour être pertinents :

    • la proximité avec les consommateurs;
    • la possibilité d’une auto alimentation du site de production;
    • et, surtout, une sélection fine des déchets méthanisables en amont de la production. Pour fonctionner de manière optimale, les installations sont conçues pour recevoir des matières organiques spécifiques, comme des déchets agricoles ou des huiles de friture. Se pose alors la question d’un approvisionnement régulier, qualitatif, local et durable (saisonnalité des productions agricoles, maintien de leur diversité).

En pratique, ce dernier point rend caduque le développement de la méthanisation dans les zones urbaines, où le tri des déchets s’avère complexe. Les déchets fermentescibles sélectionnés ne doivent en effet pas contenir d’éléments non-organiques (verre, plastiques). Or la complexité du TMB (traitement mécano-biologique) des déchets effectué dans les centres de tri urbains rend très difficile l’approvisionnement en matière première de qualité.

Pour aller plus loin :

 

1 Comments

  1. billet très interessant
    la France prend le chemin de l’économie circulaire

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