La Suède donne un coup de vieux au plan national de prévention des déchets français

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Le centre d’incinération des déchets de Naka, au Japon ©lie_lay_land

Le Ministère de l’écologie a présenté en fin de semaine dernière un nouveau plan national de prévention des déchets. Ce document constitue le premier volet du plan déchets 2020, qui devrait être présenté dans la foulée. Malgré des progrès dans certains domaines et une bonne volonté évidente du Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, ce récent texte s’avère déjà presque déjà obsolète en comparaison du modèle suédois de traitement des déchets. Explications.

Décorréler la production de déchets de la croissance ou… faire contribuer les déchets à la croissance économique ?

L’ambition initiale du plan de prévention des déchets est de « découpler la production de déchets de la croissance économique ». Un objectif louable, qui mériterait cependant d’être à la fois explicité et élargi. Car ce document, qui se focalise uniquement sur la réduction du volume de déchets produits, ignore totalement que ceux-ci peuvent avoir une utilité, être réinjectés dans l’économie, voire contribuer à sa croissance.

Le modèle suédois de traitement des déchets est à ce titre éclairant. Seul 1% de volume des ordures ménagères du pays finit dans des décharges du fait d’un recours massif à l’incinération (49% des ordures ménagères produites) et d’une pratique rigoureuse du recyclage par les particuliers (36% des déchets ménagers sont recyclés, 14% compostés). Fruit de 30 ans de réflexion sur le développement durable, la politique suédoise est même paradoxalement victime de son succès : en 2012, l’Agence suédoise de protection de l’environnement a annoncé que le pays devait importer des déchets ménagers de l’étranger pour faire fonctionner ses centres de valorisation énergétique.

En matière de valorisation des déchets, la France joue « petits bras »

Fidèle aux programmes lancés dans les années 1980, la Suède mène de concert une politique de développement durable sur plusieurs fronts simultanés : réduction stricte du volume de déchets ménagers produits, réutilisation de la quasi-totalité de ce qui est néanmoins produit, lutte contre les effets secondaires indésirables des choix technologiques effectués. En effet, le pays investit activement pour diminuer les quantités d’émissions polluantes générées par l’incinération des déchets et augmenter son efficacité énergétique (diminution d’environ 90 % des émissions depuis les années 1980).

De son côté, en présentant un document isolé focalisé sur la prévention, la France semble avoir choisi de séparer son action en matière de réduction du volume de déchets produits de sa stratégie pour leur valorisation potentielle. Or ces deux politiques ne devraient pas être envisagées séparément. En 2010, la part de traitement des déchets municipaux par incinération n’était que de 30%, plaçant la France au septième rang des pays européens. L’efficacité énergétique des dernières centrales, la possibilité de produire à la fois chaleur et électricité, ainsi que la diminution continue des émissions polluantes induites devraient inciter la France à investir dans cette technologie… et ne pas mener de politique dogmatique en la matière.

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