La sécheresse mahoraise : un contre-exemple-type de développement durable

Piliers dev durDepuis le 15 décembre 2016, le territoire de Mayotte connait un épisode de sécheresse exceptionnel qui a conduit les pouvoirs publics à prendre des mesures en conséquence : l’instauration de coupures d’alimentation en eau pour palier le faible remplissage des retenues collinaires qui alimentent l’île en eau potable. Jusqu’à présent seul le sud de l’île est concerné mais le nord pourrait l’être d’ici peu…

Le phénomène de sécheresse n’est malheureusement pas nouveau pour Mayotte ! Ces dernières années, Mayotte a non seulement souffert d’années exceptionnellement sèches (2010-2011) mais aussi d’une augmentation importante de sa population conjuguée à une augmentation des consommations liée à l’évolution des modes de vie (l’île a connu un doublement de sa consommation journalière d’eau potable entre 1995 et 2002). La demande en eau est donc en croissance rapide dans un contexte de ressources limitées et contraintes. Aujourd’hui, les retenues collinaires sont vides et n’ont jamais été à un niveau aussi bas. La retenue collinaire de Combani ne disposerait que de 14,5% de ses ressources et celles de Dzoumogné, 25% !

Si la situation est critique, on oublie souvent l’impact qu’elle a sur le territoire et la population qui subissent ces tours d’eau. L’eau étant une ressource indispensable, ne pas être en alimenté, que ce soit durant un, deux ou trois jours impacte très durement les habitants et rend leurs conditions de vie particulièrement difficiles… voire épouvantables dans certains cas !

Concernant le pilier social

Le premier phénomène saillant que l’on constate est l’inégalité d’accès à l’eau : les personnes qui bénéficient de bons revenus peuvent acheter de l’eau potable dans les magasins et utiliser ces bouteilles pour pallier les coupures. Les personnes dont les revenus sont peu élevés deviennent dépendants des rampes d’eau installées dans les villages par les pouvoirs publics. Mais ces rampes sont en quantité insuffisantes – la plupart du temps, deux rampes sont placées à chaque extrémité d’un village – et de fait prises d’assaut et difficilement accessibles. Ces rampes sont par ailleurs majoritairement utilisées par les personnes en situation irrégulière qui y voient une opportunité d’accès à l’eau gratuitement.

Cela crée donc chez une grande partie de la population en situation régulière un sentiment d’injustice : d’une part, tout un pan de la population en situation irrégulière bénéficie d’un accès gratuit à l’eau, d’autre part, les personnes qui sont en situation régulière ont des difficultés d’accès aux rampes mises en place et lorsqu’on leur coupe l’eau… elles doivent payer la remise en eau ! Remise en eau qui coûte particulièrement cher puisque pour que l’eau soit potable quand son alimentation a été coupée durant plusieurs heures, il faut faire couler l’eau longtemps pour qu’elle soit bonne. C’est comme une double-peine pour l’usager qui paye son abonnement !

Cela peut entraîner de vrais problèmes sanitaires. La stagnation de l’eau dans les réseaux entraîne des risques d’infections, de bactéries qui peuvent être nocives pour la santé si l’on ne laisse pas suffisamment couler l’eau lors de la remise en service ou si on le la fait pas bouillir.

Concernant le pilier économique

Par ailleurs, l’impact économique et financier est immense. On a évoqué les usagers qui voient leurs factures d’eau augmenter alors que leur accès est restreint mais comment évaluer l’impact financier de ces coupures sur les entreprises et les PME du bâtiment qui voient leurs chantiers bloqués avec un manque à gagner évident ?
Les structures médicales et publiques sont, elles aussi, impactées puisque sans eau, il est impossible pour les écoles de recevoir les enfants et pour les structures médicales de recevoir des patients en consultations…
La rentrée scolaire a donc été reportée et cela impactera inévitablement les programmes scolaires. Pourront-ils être rattrapés ? Les professionnels en doutent.
Les structures médicales telles que les PMI tentent de réduire le retard pris dans les consultations en modifiant leur organisation et en modifiant leurs jours et horaires d’ouverture. Mais cela impacte l’ensemble de leur organisation tant logistique qu’en termes de gestion des personnels. Et la vaccination des enfants est indispensable à la bonne santé des enfants puis des adultes.

Concernant le pilier écologique

Enfin, d’un point de vue environnemental, cette sécheresse est dramatique !
On parle de la mise en place d’une troisième retenue collinaire depuis 2006. Or, ce projet pourtant vital pour le territoire semble loin de voir le jour, faute de financements, et les ressources en eaux diminuent jour après jour.

Pourtant des solutions existent telles que la construction d’une usine de dessalement que nous évoquions la semaine dernière et qui permettrait de protéger le territoire des conséquences ici évoquées.

Pour en savoir plus :

Article de Sciences et Avenir du 30 décembre 2016

Article de Mayotte 1ère du 21 décembre 2016