Vers la fin du gaspillage alimentaire ?

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Alors que proche de nous, une grande partie de la population malgache souffre d’insécurité alimentaire à cause de la sécheresse, le Sénat doit, en métropole, légiférer contre le gaspillage alimentaire…

En effet, adoptée par le Sénat, la loi relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire est entrée en vigueur en février 2016.

Pour mémoire, le gaspillage alimentaire concerne les aliments encore comestibles, jetés intentionnellement par les commerçants et les consommateurs, c’est-à-dire, les produits invendus par les distributeurs encore comestibles et/ou les produits achetés par les particuliers. Plus de 41 200 kilos de nourriture sont jetés chaque seconde dans le monde. Cela représente un gaspillage alimentaire de 1,3 milliard de tonnes d’aliments par an, soit 1/3 de la production globale de denrées alimentaires dédiée à la consommation Le gaspillage alimentaire concerne les pays riches comme pauvres et représenterait une valeur gaspillée de 990 milliards de dollars.

Au-delà du gâchis évident de nourriture, la mauvaise gestion des stocks et la problématique des transports sont importantes. Les produits, particulièrement les fruits et les légumes, se trouvent souvent endommagés dans la chaine de la commercialisation et de la consommation. Par ailleurs, la société de consommation qui pousse les consommateurs à acheter en quantité et à se focaliser sur les dates de péremptions n’aide bien entendu pas à limiter ce gaspillage.

En plus d’être un facteur social d’appauvrissement, le gaspillage alimentaire est également un facteur de pollution : il entraine un rejet de gaz à effet de serre. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture estime ce rejet à 3,3 gigatonnes par an.

Ce sont les associations qui sont à l’initiative de la loi de 2016. Même si elles ont mis du temps à faire entendre leurs voix, la machine est belle et bien lancée et la loi a été votée !

Si les multinationales jugent majoritairement cette loi inutile et préfèreraient avoir moins de contraintes légales, les associations ont, quant à elles, un avis mitigé sur la loi : celle-ci prévoit en effet, de rendre obligatoire le recours à une convention pour les dons réalisés entre un distributeur de denrées alimentaires et une association caritative. La loi sur les invendus va donc imposer nécessairement des contraintes à ces associations. Les dons vont, ainsi, engendrer de nouveaux coûts comme les lieux de stockages, les véhicules pour le transport ainsi que le matériel pour respecter la chaine du froid. Une nouvelle logistique devra se mettre en place quelle que soit la taille des associations. Par ailleurs, la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) juge que les grandes surfaces n’ont pas attendu la loi pour donner des aliments et se demandent en quoi il est utile de leur rajouter une contrainte… Enfin, jusque-là, les petites associations locales qui se trouvaient au cœur du territoire, pouvaient bénéficier des surplus alimentaires mais l’on peut se demander quels effets la nouvelle loi induira. En bénéficieront-elles encore ? Car elles ont un rôle-clé pour accompagner tout au long de l’année celles et ceux qui sont exclus des circuits classiques…

Bref, alors que de nombreuses populations dans le monde entier… et proche de nous meurent de faim… on peut se demander si cette loi sera efficace… La solution ne résiderait-elle pas dans une meilleure pédagogie de nos consommateurs et de nos enfants ?

Pour en savoir plus :

Reportage d’actu-environnement dans une cantine scolaire

– Loi du 11 février 2016 relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire

Article du Monde : Dix millions de nourriture sont gaspillées tous les ans en France