Et si l’érosion tuait Mayotte ?

©WIKIPEDIA

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L’érosion est un phénomène naturel par lequel les sols s’effritent sous l’effet de l’eau ou du vent, ou bien se déplacent et se déposent ailleurs, en particulier dans les cours d’eau, et à terme dans le lagon.

A Mayotte, le climat tropical caractérisé par de fortes précipitations occasionne une forte érosion naturelle, accentuée par les pressions exercées par les activités humaines, notamment celles liées à l’urbanisation et à l’agriculture

Les sols peu protégés, c’est-à-dire privés de couverture végétale, sont les plus vulnérables au phénomène d’érosion : les chantiers de construction, les pistes…

Si la déforestation est responsable de l’augmentation de la surface de sols nus, les mauvaises pratiques agricoles comme la plantation d’espèces végétalisées inadaptées sur les pentes ou la culture sur brulis déstructurent les sols et les rendent plus fragiles. Les bananiers, par exemple, ayant des racines peu profondes, ne favorisent pas la protection des sols et en cas de pluies, accélèrent l’érosion et le dévalement de la terre depuis le haut des pentes jusqu’en bas. La diminution de la couverture végétale entraine également un recul de la biodiversité.

L’urbanisation a, elle aussi, entrainé naturellement une imperméabilisation des sols, diminuant la part d’infiltration et augmentant de fait la part de ruissellement. En milieu urbain, en effet, l’érosion est particulièrement visible, notamment sur les communes construites sur des pentes comme Tsingoni ou Sada. L’absence de réseaux d’eau pluviale favorise les inondations des habitations ou l’incidence des coulées de boues. Par ailleurs, les mouvements de terrain sont favorisés sur les sols rendus plastiques par l’infiltration des eaux de pluie. Enfin, les constructions précaires des quartiers informels qui se développent de façon désorganisée achèvent de nuire à l’environnement : la destruction de la végétalisation environnante et la pollution liée à une existence sur un territoire non adapté ont des impacts profonds sur la biodiversité.

Le phénomène d’érosion ne serait pas un sujet s’il n’avait pas de conséquence grave sur notre environnement. Ce phénomène entraine d’une part une baisse de productivité de la terre, une augmentation des risques naturels tels que les inondations, les coulées de boue et les mouvements de terrains mais aussi la formation de padzas là où il n’y a pas de reforestation, et enfin la pollution des cours d’eau et l’envasement du lagon par les apports de matériel géologique ou non charriés par les cours d’eau.

Au niveau du lagon, l’érosion se traduit par l’envasement des massifs coralliens et la perturbation de tout l’écosystème marin : les ressources halieutiques sont ainsi mises en péril et les pêcheurs sont contraints d’aller plus au large. Par ailleurs, la présence de nombreux déchets sauvages à proximité des côtes témoigne d’un lagon non préservé, malgré la richesse que celui-ci représente pour l’île de Mayotte.

Enfin, cette situation est clairement un frein au classement de notre lagon au patrimoine mondial de l’Unesco. En effet, si sur le fond, ses chances sont incontestables, les politiques de préservation sont au centre de la décision du comité du patrimoine de l’Unesco. L’assainissement, la démographie incontrôlée, les déchets et l’érosion des sols sont autant de sujets susceptibles de remettre en question ce classement…

La prise de conscience du danger que l’île subit s’impose progressivement dans les esprits. Afin de quantifier l’effet de l’érosion sur le lagon, le BRGM a lancé l’étude LESELAM (Lutte contre l’Erosion des Sols et l’Envasement du Lagon à Mayotte), actuellement en cours. Parallèlement, une étude expérimentale portée par le Conseil Départemental lancée en 2016 a pour objet le reboisement des padzas. Enfin, des ateliers de sensibilisation sont organisés régulièrement par les Naturalistes auprès des agriculteurs et dans les lycées.

Dans la culture mahoraise, il est de tradition de penser que les malheurs sont envoyés par le ciel, un tel adage a tendance à déresponsabiliser le citoyen et l’agriculteur, qui poursuivent leurs mauvaises pratiques. Socle de la vie végétale, animale et humaine, il est temps que Mayotte change ses pratiques et protège enfin son sol, naturellement fragile. Les mesures préventives, comme le calage des pentes avec les pneus, largement pratiqué, ne suffiront plus à protéger leurs terres cultivables et le lagon.

Pour en savoir plus :

Article de l’INFO.RE