Développement de l’énergie solaire à Mayotte : et si on devançait la production de déchets ?

Depuis la fin des années 2000, la demande en électricité sur le territoire de Mayotte progresse fortement et régulièrement (+9,2% entre 2009 et 2011, +5,2% en 2013). L’essentiel de la production d’électricité de l’île (94%) est aujourd’hui assurée par les deux centrales d’EDM fonctionnant au diesel (centrales des Badamiers et de Longoni). Les 6% autres sont exclusivement assurés par des panneaux solaires répartis sur le territoire (source : rapport annuel de l’IEDOM). Si cette proportion peut paraître modeste, la progression de l’énergie solaire à Mayotte n’en demeure pas moins spectaculaire : elle s’élevait à seulement 0,1% en 2008, année d’apparition des premiers panneaux. Parmi toutes les questions soulevées par le développement rapide de la filière de production photovoltaïque à Mayotte, celle des déchets générés par cette activité ne doit pas être oubliée. Elle constitue même une problématique structurante pour un développement durable du territoire..

Promouvoir l’énergie solaire c’est bien, développer une filière performante et respectueuse de l’environnement c’est mieux !

Promotion des chauffe-eaux solaires par EDM, « ferme solaire » installée à Kawéni, projet de « ferme solaire » sur la centrale de Longoni, incitations fiscales pour les particuliers, hausse inéluctable du prix des hydrocarbures à long terme, renforcement de la volonté d’indépendance énergétique promue par les pouvoirs publics… les raisons de l’augmentation prévisible de la production d’origine photovoltaïque à Mayotte ne manquent pas. Parallèlement à ces constats positifs, une question importante ne trouve pour l’instant pas de réponse : que faire des panneaux solaires lorsqu’ils arriveront en fin de vie, ou des panneaux endommagés lors de leur transport ou leur installation ?

A travers cette problématique, c’est toute la logique de développement choisie par le territoire qui est interrogée. Car les panneaux solaires usagés constituent des déchets dangereux pour l’homme et pour l’environnement. Ils sont également une source de richesse potentielle, via les métaux, les terres rares et les autres matériaux pouvant être récupérés en les recyclant. Penser la filière d’un bout à l’autre de la chaîne, dans une logique d’économie circulaire, s’avère indispensable pour préserver l’écosystème unique de l’île au lagon.

Le traitement des déchets du photovoltaïque : une problématique cruciale pour Mayotte

En métropole, la filière de collecte et de traitement des panneaux solaire est désormais bien organisée. Plus de 50 points d’apports volontaires sont déjà répertoriés sur le territoire par l’éco-organisme spécialisé sur cette activité. Néanmoins, aucune collecte spécifique n’est pour l’instant mise en place à Mayotte. Or, comme pour les autres territoires d’outre-mer, le fort ensoleillement dont bénéficie l’île incite fortement les particuliers et les professionnels à développer cette source d’énergie.

Un constat d’autant plus dommageable que l’efficacité du recyclage des panneaux solaires progresse rapidement. La majorité des composants des panneaux peuvent être recyclés (leur fabrication comprend le plus souvent 80% de verre et 10% de métaux et plastiques). En outre, certains des métaux entrant dans leur composition sont extrêmement nuisibles pour l’environnement (principalement le tellurure de cadmium). C’est notamment pour répertorier et organiser la collecte de ce type de déchets dangereux que le Conseil Général de Mayotte a lancé la rédaction du Plan de prévention et de gestion des déchets dangereux. L’exceptionnelle biodiversité de Mayotte est fragile, et l’apparition de panneaux solaires de plus en plus nombreux la menace à moyen terme. La production d’électricité à partir de sources renouvelables ne doit pas se faire au détriment de l’environnement local ! Agir pour le déploiement d’une filière de collecte dédiée est donc indispensable.

Pour en savoir plus :
– Le rapport annuel 2013 de l’IEDOM sur Mayotte
L’avenir doublement vert des panneaux photovoltaïques passe par le recyclage, article d’actu-environnement, décembre 2011
Qu’appelle-t-on l’économie circulaire ? , Insidens

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