La loi sur la promotion de l’économie circulaire : une belle… théorie ?

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Containers de recyclage enfouis ©Jean-Louis Zimmerman

La récente loi sur la transition énergétique et la croissance verte poursuit les démarches initiées par différents textes depuis 1975, notamment par le Grenelle de l’environnement en 2009. La notion d’économie circulaire y est particulièrement mise en avant. L’objectif est d’accélérer le développement d’un « système de production et d’échanges prenant en compte, dès leur conception, la durabilité et le recyclage des produits ou de leurs composants de sorte qu’ils puissent être réutilisés ou redevenir des matières premières nouvelles ». Le législateur ambitionne donc de sortir du modèle d’une économie dite « linéaire » et du schéma classique de consommation occidentale : extraction des ressources, transformation-production, consommation, déchet. De belles choses qui s’annoncent donc…

… mais aussi un grand bouleversement pour le secteur des déchets

Les grands changements génèrent de grands espoirs, mais aussi de grandes inquiétudes. Et il y aurait, semblerait-il, de quoi s’inquiéter. Une étude récente évoque le bouleversement que cette nouvelle loi représente pour le secteur du recyclage : selon son auteur, « L’économie circulaire n’est pas nécessairement favorable aux recycleurs, car elle remet en cause leurs stratégies de volume historiques en réduisant les déchets à traiter à moyen terme. Ainsi, le développement de l’économie circulaire bouleverse le jeu concurrentiel, attirant des nouveaux entrants sur un marché traditionnellement réservé aux recycleurs. »
Les recycleurs ne sont pas les seuls. Avec la mise en place des dispositifs de l’économie circulaire tous les professionnels devront se reformer, se réinventer, ainsi qu’imaginer et transposer leur activité dans la nouvelle logique.

Montée en compétences sur le sujet : parcours semé d’embûches

Imaginer la grande évolution du secteur des déchets n’est pas une chose facile, alors qu’en sera-t-il de l’application terrain ? On oublie souvent que le vrai changement a lieu non pas dans la pensée stratégique des grands décideurs, mais surtout et avant tout à travers les actions des personnes du terrain, celles qui font les tâches les plus basiques : celles qui ramassent les poubelles, trient et transportent les déchets. Ces mêmes personnes qui sont la force motrice de l’économie linéaire d’aujourd’hui et qui vont faire fonctionner (ou pas) l’économie circulaire de demain.

Ces collaborateurs, aujourd’hui peu qualifiés et peu valorisés dans les structures qui les emploient, devront bientôt être en mesure d’appréhender et de comprendre l’ensemble du cycle de vie d’un produit, de sa conception à son recyclage ou à sa valorisation (matières premières, secondaires, énergie…). Leur métier change et nécessite de nouvelles compétences et des outils adaptés, pratiques et ancrés dans la réalité de leur terrain pour permettre la mise en place les nouveaux comportements professionnels.

Nous devons accompagner les entreprises à former et qualifier leurs collaborateurs pour améliorer leur employabilité et efficacité dans le cadre changeant des dispositifs environnementaux. Pourtant, les moyens pour la formation manquent, tant pour des ouvriers que pour leurs responsables, tout comme pour les artisans : pour ces derniers, l’accès aux dispositifs de formations professionnelles reste toujours difficile, étant donné qu’il n’existe pas encore de délégation FAFCEA à Mayotte. Dans ces conditions, il ne reste que le DIF pour financer les formations, et les sujets environnementaux se trouvent souvent en bas de la liste des priorités, bien après les formations techniques obligatoires octroyant les habilitations.
Alors, quelle est la solution pour pouvoir appréhender le changement vers la croissance verte et l’économie circulaire ? Bien sûr, elle doit bien exister… en théorie !

Pour en savoir plus:
Qu’appelle-t-on l’économie circulaire ?
Présentation de l’institut de l’économie circulaire

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