ADEME,Insidens,Déchets,environnement,éco-organismes,Mayotte,Baromètre des déchets,économie circulaireInsidens s’apprête à lancer prochainement la 3ème édition du Baromètre des déchets© de Mayotte. Cette nouvelle grande enquête annuelle sur la gestion des déchets et la propreté du territoire permettra de suivre l’évolution de l’opinion des habitants de l’île sur ces sujets, et surtout de mieux connaître leurs attentes et leurs besoins. L’ADEME a décidé de prolonger son soutien en devenant cette année le parrain de cet outil unique sur le territoire. Christel Thuret nous explique ses motivations et nous présente les actions de l’Agence à Mayotte.

Insidens : Pouvez-vous présenter le rôle de l’ADEME et les différents projets sur lesquels vous travaillez ?

Christel Thuret : L’ADEME (l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) est un établissement public qui a pour mission d’accompagner les porteurs de projet sur un territoire (principalement les collectivités et les entreprises) sur les thèmes de la maîtrise de l’énergie, des énergies renouvelables et de la gestion des déchets. Cet accompagnement peut être financier et/ou porter sur des questions techniques. Nous sommes installés à Mayotte depuis 2007. Concernant les déchets, nous intervenons sur plusieurs domaines : la prévention (réduction de la quantité de déchets produits), le tri des déchets puis leur valorisation (matière ou énergétique).

Sur ces thématiques, plusieurs projets sont en cours. Nous travaillons notamment sur le développement des filières de tri et de recyclage, ce qui a par exemple abouti à la mise en place des Tri-O, et d’autres points d’apports volontaires en magasins (piles, déchets d’activités de soins à risque infectieux, DEEE : Déchets d’Equipements Electrique et Electronique…). L’ADEME, en tant que facilitateur, contribue à faire venir les éco-organismes à Mayotte. L’agence a un rôle d’impulsion. De nouvelles filières de tri s’installeront encore à l’avenir, concernant entre autres les meubles ou les médicaments non utilisés.

Par ailleurs, nous intervenons sur les déchets des entreprises, ou ceux gérés par les communes. Sur ce dernier point, nous œuvrons actuellement autour de 2 grands axes :

  • la réhabilitation des anciennes décharges
  • le développement des déchetteries

    Ces deux types de sites ne doivent d’ailleurs pas être confondus. Les déchetteries sont des lieux sur lesquels les usagers peuvent apporter leurs déchets pour les trier (sur un seul et même site donc), alors qu’aujourd’hui les différents déchets sont déposés sur des points d’apport volontaires et disparates.

    Insidens : Pourquoi avez-vous choisi de parrainer le Baromètre des déchets© ?

    C. Thuret : Cette étude nous permet d’avoir une meilleure vision de la perception des habitants de Mayotte sur la gestion des déchets, afin d’orienter ensuite nos projets et nos actions prioritaires. Elle nous permet également de mesurer leur niveau de connaissance des filières de tri, leurs perceptions des déchets et de la qualité de la collecte des ordures ménagères. Nous sommes particulièrement intéressés par ces points, plus que par les problématiques de propreté en elles-mêmes.

    Au global, le Baromètre joue donc un rôle d’observatoire des déchets à Mayotte.

    Insidens : Qu’est-ce que cette enquête apporte aux collectivités locales et aux acteurs publics dans leurs réflexions sur les modes opératoires qu’ils proposent au grand public ?

    C. Thuret : Ce travail permet d’orienter les priorités en termes d’intervention. Par exemple, nous pourrions nous rendre compte à l’issue de l’enquête que le grand public n’a pas connaissance des lieux où l’on peut déposer les déchets électriques et électroniques. Cela nous permettra de savoir que nous devons effectuer une meilleure communication sur ce sujet. Le Baromètre nous permet donc de lancer des actions avec une meilleure connaissance des cibles ou des objectifs prioritaires.
    Plus largement, cette étude nous permet de réorienter les priorités et les actions d’accompagnement effectuées par notre agence.

    Insidens : Pensez-vous que la problématique des déchets soit un point important pour le développement du territoire ?

    C. Thuret : Cette question est absolument incontournable ! D’autant plus que son évolution est prévisible. Le développement d’un territoire, cela concerne notamment la santé, l’économie et le maintien de la qualité de son patrimoine. Or les déchets ont entre autres un impact sur le tourisme, l’environnement ou la santé.

    Par exemple, les carcasses de véhicules ou les pneus abandonnés constituent des gites larvaires pour les moustiques. Ces déchets impactent donc directement la santé des habitants. Les amoncellements de poubelles posent également des questions de salubrité, en attirant par exemple les rats.

    Économiquement, cette question est cruciale. Un exemple très parlant : les déchets sont souvent mentionnés par les touristes comme l’un des points négatifs de leur séjour sur l’île. Ils laissent des messages à ce sujet dans les livres d’or du Comité du tourisme.

    Insidens : Plus largement, en quoi l’environnement constitue-t-il un secteur d’avenir pour l’île ?

    C. Thuret : Un environnement préservé (le lagon, les forêts, les rivières), non souillé, constitue le patrimoine et la richesse de Mayotte. En outre, le tourisme et la gestion des déchets sont des secteurs d’activité créateurs d’emplois.

    Le concept d’économie circulaire, qui se développe de plus en plus actuellement, permet de penser la fin du mode de gestion industriel dit « linéaire ». Dans ce modèle de développement, les productions sont effectuées en boucle et en local. Plutôt que d’être jetés dans un trou ou stockés en décharge, les déchets sont recyclés localement, d’où l’idée d’une économie « circulaire ». Si les possibilités de recyclage se développent localement, des emplois sont créés.

    Pour en savoir plus :

  • Le site internet de l’ADEME
  • Le site de l’écho des filières déchets de l’ADEME Mayotte
  • Le portail développement durable Océan Indien de l’ADEME
  • Les résultats de la première et de la deuxième édition du Baromètre des déchets©
  • Le site internet de l’Insitut de l’économie circulaire, auquel Insidens adhère

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